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Le corps du théâtre et de la psychanalyse

Le Festin de Pierre ou le fantasme de Dom Juan et la Commedia dell’arte

Article écrit par Marianne Carabin

Dom Juan, mis en scène et adapté par Luca Franceschi

Roulement de tambour.
J’ai découvert que tout le monde ne connaissait pas Dom Juan. J’ai découvert que tout le monde ne connaissait pas de dom juan. Il me semble pourtant que tout le monde connaît l’expression :
« Celui-là est un vrai Dom Juan ! » Non ?

Je ne fais pas ici de papier sur les ponts et les liens psychopathologiques entre ce qui résonnent aujourd’hui dans ce nom-là et le mythe de Dom Juan. Je ne fais pas ici de rapprochements avec quelques textes fondamentaux de la théorie psychanalytique, tel que Totem et tabou (1913 Freud), dont le père de la horde primitive jouissant de toutes les femmes se trouve un beau jour face à la fureur des fils. Pas question ici d’analyse de quelque sentiment de culpabilité que se soit, pas d’explication théorique sur la théorie de la naissance du lien social, de la question de l’incorporation/introjection/identification et autre rivalité fraternelle. Non. Pas de théorie ici.
Je ne m’épanche pas non plus sur Don Elvire, dont on saisit aisément qu’elle n’aura jamais été désirée – en tant que femme – sinon que par ce Dom Juan là (dont, s’abandonnant entièrement, corps et âme dit-on, à l’amour de Dieu (sic « tout puissant ») elle ne se sera jamais laissée être désirée que par cet homme-là). Pas, ici, de théorie de la théorie. Pas de théorie. Ni de théorisation. Mais, du témoignage. De la transmission de vécu. Du concret. De l’action. Plus proche de la clinique que de l’abstraction.
Dom Juan est une source intarissable pour interroger les fonds marins des rapports (« non-rapports » ?) humains. Aussi, voilà les raisons de mon étonnement lorsque je découvris que tout le monde ne connaissait pas Dom Juan. Il y aurait tant à dire que je n’en dis rien puisque, de toute manière, c’est là. Constamment. Je ne clôturais pas le sujet. Et c’est pour cela que je ne cesse de l’ouvrir, le sujet.

Quelques mots à propos de ce Dom Juan-là. Ce Dom-Juan que la Compagnie du Théâtre des Asphodèles nous a offert au théâtre du Roi René lors du dernier festival d’Avignon, en donnant au mot brio toute son incarnation. Le parti pris de la mise en scène est la Commedia dell’arte.
Et (je ne jurerai pas mais…) fichtre !, ça fonctionne. Cela fonctionne à merveille.

Nous voici pris dans un tourbillon. Une farandole. Dense et joyeuse. La vie dans toute son énergie, dans tout son fourmillement. Une générosité d’un naturel étourdissant. Aussi, je n’ai pas envie de vous dire les secrets et autres créativités dignes d’un certain Peter Brook (j’ai eu la grande chance de travailler avec des comédiens de la troupe de Peter Brook du temps de La Tempête et de Carmen) pour faire apparaître ne serait-ce que la statut du Commandeur. Non. Et la joie ! Vous parlerais-je de la joie dont on ne peut se défaire. Partout. Par ce que les comédiens s’amusent comme des enfants. C’est déconcertant. C’est jaillissant. Jaillissant et grave. Toujours grave avec Molière. Et, ici, l’esprit de Molière nous saute au visage. Il scintille. Au milieu de l’espièglerie sérieuse des paysans, des convictions religieuses régurgitées mil fois des nobles dans leur habit noir de l’honneur, de la réalité toujours misérable de la (fameuse) scène du Pauvre, il y a Dom Juan. Il y a Dom Juan qui rencontre Don Elvire. Il y a Don Elvire qui rencontre Dom Juan. Par ce que finalement ce Dom Juan nous parle aussi d’une rencontre dans l’amour au beau milieu de tout cet étourdissement. Un temps d’arrêt. Une respiration infinie au cœur du souffle. Dans le dedans du souffle. Dom Juan nous parle d’une rencontre amoureuse et de la dignité, de l’intégrité de chacun, de tenir sa verticalité. Envers et contre tous. C’est là que Dom Juan et Don Elvire se rejoignent : sur cette ligne verticale qui nous tient. C’est par ce que chacun, tient (tant à) sa verticalité que chacun connaît le vacillement.

Nous, Théâtre & Psychanalyse, sommes allés à Avignon. Nous avons retenu ce Dom Juan. Inévitable. « Jubilatoire » sans aucun doute. Mais fin. D’une finesse désarmante par ce que prise dans la puissance d’une sève qui serait comme la toute première. Luca Franceschi et les comédiens dénommés ci-dessous nous offre, avec ce Dom-Juan là, un moment de théâtre et de vie tout simplement rare. Alors, nous espérons, avec Lyce ROTA, chargée de diffusion, vous présenter ce moment de théâtre-là sur Paris dans le cadre de Théâtre et Psychanalyse, A Corps Perdus pour la saison 2014 – 2015. En attendant, on a le temps de relire la pièce et de laisser venir à soi les questions qui nous soulèvent à travers l’éternelle modernité de ce Festin de Pierre, qui fait, pour de multiples raisons, exception dans le répertoire de Monsieur Jean-Baptiste Poquelin.
Si vous croisez l’affiche d’un Dom Juan 2.0, entre nous, n’hésitez pas une seule seconde. Vraiment. ALLEZ-Y. Et, ne me demandez pas pourquoi « 2.0 ». Je n’en sais rien.

A TRÈS VITE

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Avec
Serge Ayala, Lysiane Clément, Jean-Serge Dunet, Robert Magurno, Fabio Ezechiele Sorzini, Frédéric Tessier, Jennifer Testard

Décors
Thierry Auzer, Vincent Guillermin

Lumières
Romuald Valentin

Costumes
Zoéline Gelin

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Cette entrée a été publiée le janvier 23, 2015 par , et est taguée , , .
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