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Le corps du théâtre et de la psychanalyse

Nos serments au théâtre de la colline au théâtre de la colline,

Article écrit par Margot Ferrafiat-Sebban,

Nos serments au Théâtre de la Colline,julie-duclos-a-remis-en-jeu-la-maman-et-la-putain-photo-dr  

Un texte de Guy-Patrick Sainderichin et Julie Duclos librement inspiré de l’œuvre cinématographique « la maman et la putain » de Jean Eustache.

 La mise en scène est de Julie Duclos.  Avec: Mathilde – Maëlia Gentil, François – David Houri, Gilles – Yohan Lopez, Oliwia – Magdalena Malina, Ester – Alix Riemer.  Jusqu’au 14 février 2015, du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h et le dimanche à 15h30, durée 2h45 avec entracte.

Sur les planches de la petite salle du théâtre de la colline cinq jeunes gens éprouvent les limites du désir,  les bornes de la jouissance dans un jeu qui nous indique admirablement bien la place de l’autre.  Un jeune homme, François, un rien jouisseur, se complaît dans une inactivité doucereuse, incarne l’antithèse du stakhanovisme, sans cesse tenté par les damoiselles, après quoi court-il ? Des rencontres, des séparations, le scénario d’une tranche de vie banale où se succèdent des amours temporaires qui témoignent d’une découpe d’un désir qui se cherche. Julie Duclos dans une mise en scène mariant théâtre et cinéma fait exister ce qui du dehors peut être contenu au-dedans, là où la scène de théâtre en tant que contenant devient une métonymie du cinéma en tant que contenu.

François est l’homme à qui rien ne manque, il est la figure d’un mythe, celui du fantasme purement féminin. François nous enferme dans un imaginaire, où, tel le père archaïque de Totem et Tabou, non châtré jouit de toutes les femmes, il nous invite à rejouer quelque chose d’une scène, ailleurs, sur laquelle le désir se consume dans une jouissance absolue. Ici, Le « tout » n’est pas un nombre mais une fonction universelle inscrite symboliquement dans le sujet, le phallus, imprenable enfin presque.

François, insolent,  désigne, quelque chose du désir chez ses partenaires, quelque chose qui, toujours, interdit la tension de l’autre. Pas de cris, pas de larmes, exhortera-t-il à Mathilde, un refus de la pulsion de l’autre qui s’organise dans une ambivalence, dans un double mouvement qui à la fois invite à l’excitation la plus primaire une excitation localisée dans le corps, et à la fois dans un refus de cette fébrilité. Mathilde dont le corps contracté par l’amertume d’un amour bafoué, Une Mathilde qui rampe au sol, qui gémit, qui hurle, et s’accroche à l’homme qu’elle voit s’échapper et qu’elle ne peut pas retenir. La tension de cette rupture est alors palpable, Mathilde laisse sa place à Ester qui malgré elle s’éloigne de la féminité pour subsister.

Ester est une sorte de métaphore du sacrifice féminin, un sacrifice qui est une adaptation au fantasme masculin, pour attraper le désir de l’autre dans les réseaux de son désir. Ester s’offre au châtiment de François pour le garder, mais, lui, continue de désirer ailleurs, elle donne ce qu’elle n’a pas. François croise, alors, Oliwia, qui, elle, lui demande ce qu’elle n’a pas. Les choses, alors, vont changer, se renverser. D’emblée les corps s’arriment l’un à l’autre, on imagine la sueur de leurs ébats, la mise en scène saisit parfaitement l’organicité de cette pièce, il y a quelque chose d’envahissant dans la nudité de ces corps jouis. Oliwia est une sorte de double, un miroir dont le reflet les fascine l’un l’autre, reflet d’une même jouissance et d’une même demande. C’est comme si cette demande de l’autre impliquant une perte devenait plus supportable, plus tolérable, parce que soutenue par l’autre, une perte qui semble-t-il ne les fait pas disparaître derrière leurs désirs.

Il y a la maman (Ester), celle qui accepte tout ou presque et la putain (Oliwia) qui finalement n’accepte d’être objet du désir de François qu’à condition de s’y dérober et à échapper à l’autre.

Nos serments, pièce singulière, remarquablement bien interprétée, sonde la labilité du désir dans un savoureux alliage des planches et de l’écran.

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Cette entrée a été publiée le février 6, 2015 par , et est taguée , , , , , , .
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