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Le corps du théâtre et de la psychanalyse

D’où va-t-on ? Au Théâtre du Lucernaire.

Article écrit par Margot Ferrafiat-Sebban,

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D’où va-t-on ? 

Texte et mise en scène : Clémentine Yelnik, Co-mise en scène : Clélia Pires
Avec : Clémentine Yelnik et Pierre Carles (voix)
Durée : 1h10, Du 21 janvier au 28 février 2015. Du mardi au samedi à 21h.

 C’est au dernier étage du Lucernaire que Clémentine Yelnik prend son envol. Ainsi après avoir gravi les trois escaliers en colimaçon du Lucernaire, l’on s’installe dans une petite salle dont le nom « paradis » fait référence à Marcel Carné, alors, d’emblée, nous devenons ce public populaire du dernier balcon. Un public  impatient, suspendu à un désir, celui d’être porté, transporté par les mots, comme les enfants rieurs de Marcel mis à l’honneur dans son film, ici, le spectateur prend lui, une place centrale dans le voyage de Victoire Coschmick.

Dès l’entrée de Victoire, une sorte de glissement s’opère, le spectateur devient aussitôt l’auditeur d’une émission de radio, il écoute et voit ce qu’il écoute. En quelque sorte, par le truchement de la voix off  (l’animateur radio), se joue une mise en relief de l’écoute et de ce qui se dit. Flanquée d’un bonnet d’aviateur surplombé d’un casque audio, Victoire désigne la scène comme un trou, ce trou temporel duquel tous les voyages intemporels sont possibles. Un lieu en tant que métaphore d’un espace de l’entre-deux, une autre localité, une autre scène entre perception et conscience, une scène désignant le théâtre du symbolique et de l’imaginaire s’édifiant sur le réel.

Victoire est l’invitée d’une émission radio qui retrace  son épopée à travers le temps, à travers les mots, tous les jeudis elle dit un peu de ces écrits sur l’humanité. Elle dit, quelque chose des 887 tomes dont elle est l’autrice et qui relatent de la trace, l’empreinte que l’Homme a laissée et laissera sur terre. Victoire interroge, sous les oripeaux  du burlesque et de l’absurde par l’entremise d’un jeu de langues un certain désenchantement de l’humanité. C’est en tant qu’itinérante de l’âme, qu’elle  est à la recherche de ses origines, elle sonde les sociétés archaïques où la communication est une sorte de répétition du même mot « bonjour ». «  Il faut tout recommencer » dit-elle, la répétition est, alors, fondatrice du genre humain. La répétition est à la fois le point d’achoppement de l’inconscient, le pivot du transfert et la source même de la pulsion, le déplacement du signifiant déterminant le sujet parlant, dirait Lacan. S’inscrit, alors, une répétition, qui donne à la pièce l’allure d’un genre nouveau, une sorte de néo-comédie à l’esprit décalé et follement burlesque, on rit, d’un rire qui en dit long sur ce que l’homme pense de l‘homme.  Mais un rire en tant que pulsion de transmission et fondement du lien social : « On peut jouir tout seul du comique », écrit Freud dans son ouvrage sur le mot d’esprit. « Par contre, poursuit-il, on est obligé de transmettre le mot d’esprit à autrui ».

Victoire nous fait passer d’un monde à l’autre avec une aisance admirable, du passé au futur, du futur au passé, changement de costume, changement d’époque. Le scénario balise quelque chose qui se trame sur un axe imaginaire entre l’inconscient et la projection, quelque chose qui circule, un silence qui passe d’un univers à l’autre, un silence créateur d’un espace, pour penser et réfléchir et dont le destin sera, » en guise de touche finale, signé d’un « chut ! Intrépide globetrotteuse, Victoire nous fait rencontrer de grands Hommes: Galilée, Napoléon, tour à tour seront abordées les questions essentielles de l’être, l’amour, la copulation, l’obsolescence qui nous entoure, la féminisation de l’Homme. Le jeu audacieux de Clémentine Yelnik met en tension l’absurdité de l’Homme et la grandeur de l’humanité.

Somptueux voyage qu’est celui de Victoire dans une mise en scène épurée, où la limite, le bord de l’espace théâtral est sans cesse interrogé, où tout se mime, se dessine avec le corps, celui de Clémentine Yelnik, elle est enfant, femme, victoire, bruit puis silence… il faut que l’Homme meurt pour que l’Homme écoute ! dit-elle. Au théâtre du Lucernaire, d’où va-ton ? met en scène l’Homme, décalé, parfois cocasse et tendre, un soupçon irrationnel mais qui dit résolument quelque chose de ce qu’il est profondément.

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Un commentaire sur “D’où va-t-on ? Au Théâtre du Lucernaire.

  1. comtesse
    février 22, 2015

    Merci Margot pour ce bel article et tes réflexions psychanalytiques toujours enrichissantes. Il m’a donné envie d’aller voir ce spectacle qui m’a enchantée!

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Cette entrée a été publiée le février 20, 2015 par , et est taguée , , , .
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