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Le corps du théâtre et de la psychanalyse

Welt, Pas de Musique sans Esprit

Article écrit par Marianne Carabin

 WELT *

Du 6 mai au 14 juin 2015
Du mardi au samedi à 21h30
Dimanche à 19h

Jeudi 28 Mai 2015
22h45
Rencontre avec les artistes à l’issue de la représentation
Ouvert à tous

 

De : David Bursztein

Avec : David Bursztein,
Musiciens : Alain Territo, Vincent Pagliarin, Lucas Territo, Marie-Claire Dupuy, Jean Marc Puigserver, Jeremie Pagliarin, Ludovic Poisson
Lumière et son : Lucas Delachaux, Ludovic Poisson

Durée : 1h40

 

« En quoi consiste la « technique » du mot d’esprit ? Quelles modifications de la pensée a-t-elle subies […] pour devenir le mot d’esprit qui nous a fait rire de si bon cœur ? » 1

« Regardez vos montres… » Oui, regardez vos montres. Et une fois que vous aurez lu ces quelques lignes regardez à nouveau vos montres. Vous verrez, l’heure se sera arrêtée. Faites-le.

Je ne suis pas juive et je ne connais rien de la culture Yddish. Cela ne m’aura pourtant pas empêché de passer un moment de théâtre transportant entre quelques fondamentaux de vie tels que la musique, le rire, la poésie, la tendresse, l’amour du récit, le transmission orale, la lucidité voilée et une vivacité d’esprit guidée par une force de vie toujours régénérée. C’est dans ce « toujours renouvelé » qu’en tant qu’analyste j’ai été interpelée. En effet, tout comme dans le cadre de la cure analytique l’oreille ici se tend non pas pour comprendre et saisir mais bien pour dégager le fait que le sujet ne peut pas se figer sur un seul sens, oh mortification ! Non. Le sujet s’inscrit dans les espaces du non-sens. Là où ça échappe. « …Si nous étudions de plus près les variétés de « l’emploi multiple » d’un même mot, nous nous apercevons tout d’un coup que nous avons affaire à des formes du double-sens », ou du « jeu de mots », formes qui depuis longtemps sont nécessairement reconnues et considérées comme des éléments de la technique de l’esprit. » 2

S’il est bien un sujet dont traite le travail de David Bursztein ici c’est bien celui de l’esprit et, avec Welt, il nous y fait entrer, comme lui-même, par l’entrée des spectateurs. Le ton est donné et là où certain sonnait à l’audace, Bursztein, lui, annonce : De l’esprit ! De l’esprit ! Et encore de l’esprit ! Il s’agira donc d’esprit et de ses différents traits, voir même de ses différentes formes. L’humour, comme toute formation de l’inconscient, ce mécanisme inconscient vient mettre en sonorité et en scène quelque chose d’interdit, d’indicible, d’inaudible et pourtant… Quelque chose qu’on ne peut pas dire, quelque chose qu’on ne peut pas entendre, par ce que ça ne se dit pas. Or, quelque chose qui ne circule pas, quelque chose qui reste dans l’ombre, reste de ce fait, accroché à ce qui est vivant afin de pouvoir avoir sa part de lumière.

Bien qu’ignorante quant à toute la richesse fine des Dibbouck (prononcez « Diddourr »), j’y reconnais un lien avec l’inconscient : l’un comme l’autre, souffrance non exonérée, s’empare du corps vivace pour y siéger et trôner aux côtés du vivant – voir à sa place et à son insu – c’est alors qu’on ne se reconnait plus soi-même.

Welt est également un temps de théâtre qui appelle au sujet de l’inconscient par l’entremise des pointillés musicaux. On ne sait plus d’ailleurs quel est le trait, quel est l’espace, entre les temps d’anecdote et les temps de chansons. Toujours est il que sans la musique, pas de Welt. D’autant plus que les chants sont en Yddish. Pour certains cela résonnera comme une langue maternelle, pour d’autres, comme pour moi, comme une langue étrangère. Qui n’est pas sans savoir qu’il n’y a rien de plus familier souvent que ce qui nous est étranger ? On ne peut alors échapper au trouble et c’est peut-être cela qu’on appelle « musiquer » ; une membrane multidirectionnelle, pleine et néanmoins pointue. Précise. Ça met en exergue un trou aigu. Un clignotement. Là où on tourne. Welt.

Regardez vos montres…
Il y en a toujours pour, et chacun de nous de temps à autres, continuer de croire au père-noël. Croire ça crée une distance, c’est ne pas être tout à fait sûr. Une coupure se fait et c’est comme une fenêtre qui s’ouvre. « Ça fait du bien de croire. »

1. Freud, S., (1905) Le mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient, p 16
2. Ibid p.32

* Monde

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Cette entrée a été publiée le mai 16, 2015 par , et est taguée , , , , , .
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