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Le corps du théâtre et de la psychanalyse

Les Chatouilles ou la Danse de la Colère au Théâtre du Petit Montparnasse

Article écrit par Sarah Anders

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Les Chatouilles ou la Danse de la Colère, mise en scène Eric Métayer, texte et interprétation, Andréa Bescond, au Théâtre du Petit Montparnasse, à partir du 14 janvier 2016 à 21h.

Difficile de rendre compte fidèlement du spectacle Les Chatouilles ou la Danse de la Colère tant les sensations et pensées nous submergent, nous enivrent. Pour bien faire, il faudrait que chacun en fasse l’expérience, afin d’y trouver sa propre résonance.

Quelques mots pourtant :

À travers son corps, ses gestes, ses mots, son humour, la comédienne danseuse poétesse Andréa Bescond nous convie à  un chatoiement d’être et nous entraîne, nous plonge dans une écoute métaphysique et sensible: du rire aux larmes, de son histoire à la nôtre.

Tout commence dans le cabinet d’une psychanalyste,… non… une chambre d’enfant… non une salle de cours de danse, en fait c’était plutôt un autobus de tournée… ou peut-être… Tout commence sur le plateau d’un théâtre, à n’en pas douter.

Le plateau du théâtre, lieu de tous les possibles, où l’on peut faire se rencontrer fantasmes et réminiscences, ou forme de réalité plus objective. Où l’on peut lire l’abus, la fuite, l’errance, la perdition, mais aussi la rage, la colère, la nécessité de se tenir bien droit dans le temps qu’il nous est donné de vivre.

Andréa Bescond est Odette, une petite fille de 8 ans qui aime les poupées et les chatouilles,… non… un ami de la famille qui aime lui faire des chatouilles,…non… un flic qui prend sa déposition,…non… En fait elle est plutôt Rudolf Noureev descendu de son poster… ou peut-être… Andréa Bescond est le Théâtre à n’en pas douter. Elle décline et interprète de manière fascinante les grandes figures fondatrices et destructrices qui ont jalonnées sa vie et qui ont fait ce qu’elle nous dit d’elle.

Le Théâtre, où une femme de 30 ans peut nous montrer la petite fille de 8 ans qu’elle était, mais aussi sa mère, sa prof de danse et sa psy ou encore son bourreau, un directeur de casting ou un flic mal léché. Ou l’on peut assister au dialogue surréaliste de son meilleur ami et d’elle-même -ami qui semble dans le souvenir qu’elle raconte, s’inquiéter, au présent, de ce qui lui en reste et de ce qu’elle nous en dit. Où l’on ne sait plus démêler la réalité de son interprétation.  Où peuvent se rencontrer dans un même espace- la scène d’un théâtre, et dans un même corps- les différents temps et où peuvent s’entendre à travers le conte d’une blessure particulière, la sienne, la résonance d’une blessure universelle : La réalité du moi, l’arrachement d’une innocence d’enfant, la trahison (lâche ?) du devoir de protection d’une mère, son déni de la blessure, et sa lutte acharnée pour survivre puis pour vivre.

Nous assistons à une vertigineuse mise en abîme dans les dédales conscients et inconscients d’un être qui nous ressemble tant. Et son corps en mouvement qui prend le relais quand les mots ne réussissent pas ou plus à dire, est lui aussi signifiant : du classique au moderne, de la danse structurée au déferlement anarchique. Quand son corps parle de l’indicible et que nous le comprenons par tous les pores de la peau.

Cette histoire si touchante, si troublante comme la métaphore de l’expérience que nous partageons tous de manière plus ou moins brutale, traumatique : la fin de l’enfance et de la sécurité d’une mère. Notre impuissance et son impuissance. Où pour trouver une forme de quiétude, de résilience, il faut apprendre à lui dire adieu à cette mère et devenir les propres gardiens de notre propre innocence.

Andréa Bescond est un diamant d’humanité et la mise en scène d’Éric Métayer en est le digne écrin.

Assister à ce spectacle, à cette poupée russe d’être, à ce feuilleté de réalité, à ce déferlement de théâtre, nous dit au plus près notre propre vertige et la distance à parcourir pour nous réconcilier et continuer à avancer vaille que vaille

 

 

 

 

 

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Cette entrée a été publiée le décembre 15, 2015 par , et est taguée , , , , , .
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