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Le corps du théâtre et de la psychanalyse

PompierS, Au Festival d’Avignon

pompiers-c-gilbert-scottiEcrit par Margot Ferrafiat-Sebban,

 

 

 

Compagnie Serge Barbuscia au Théâtre du Balcon jusqu’au 30 Juillet 2016.

Auteur : Jean Benoit  Patricot
Metteur en scène : Serge Barbuscia
Distribution :
Camille Carraz & William Mesguich.

 

Un texte de Benoit Patricot, une mise en scène signée Serges Barbuscia révèlent sur la scène du théâtre du Balcon à Avignon, deux êtres.  Un homme, le pompier, une femme, la fille, sans nom, tissent ensembles le trajet d’une pulsion « d’amour » et de sa négation, une sorte de métaphore scinque d’une naissance, celle du sujet.

Elle : « Je ne savais pas que je pouvais dire non », non à quoi ? Non à l’entame de son corps par le sexe, la bite dit-elle de ce pompier, lui devenu pluriel. PompierS au feu ! ? Non, elle assène des « je t’aime ». Nous sommes suspendus et figés par ces « je t’aime » qui ne trouvent pas de rai-résonances. De quoi parle l’amour si ce n’est du tissage du  « je » qui s’enveloppe dans les plis et replis lorsqu’il énonce « je t’aime ». L’impossible est convoqué pour lui, son sweat à capuche fait dos au public, il veut juste en jouir et l’offrir à d’Autres. Lui ne veut pas être élu en place d’objet d’amour. La sidération sera la réponse à cette demande d’Amour, pétrification du corps, regard figé, sourire forcé ce pompier tient une place à laquelle l’Autre vient le situer, une place intenable la massivité de la demande est trop forte.  

 Je regarde les yeux écarquillés se ballet de corps étreints puis éloignés, corps qui se dénudent et se rhabillent, un vent me glace le sang, je me mets à imaginer le fossé qui les sépares… 

 Seul moyen pour lui de s’extraire est de diffracter cette demande d’amour, la pureté et l’innocence sont parfois effrayantes. On comprend, alors le mouvement transversal qui fait passé le singulier au pluriel : PompierS titre de la pièce, le S majuscule comme pour marquer que ce pluriel-là parle du Sujet, en tant qu’il est dédoublé par un amour massif, il ne peut prendre en charge tout cette investissement seul. Ainsi se dégage de la puissance tyrannique de cet amour quelque chose qui pourrait bien être une menace de castration.

Elle, avec sa souffrance qui jusque dans son regard nous fait froid dans le dos, assise sur le banc de l’antichambre d’un tribunal,  accrochée à son sac à main dont elle sort de temps à autre un carnet dans lequel sont notifiées les scènes. Elle aimerait en oublier certaines, elles sont toutes répertoriées et numérotés, un chiffrage à déchiffrer qui aurait bien pu être refoulé. L’amour est alors devenu un traumatisme, elle ne savait pas qu’elle pouvait dire non, alors elle a dit oui, oui à quoi ? à être ? Ou à ne plus être qu’un corps, un corps aliéné à faire jouir l’Autre, les autres. Elle est un être en tant qu’être objet d’une jouissance, d’emblée renvoyée à un temps primordial de l’Œdipe, elle est aliénée à ce corps, corps qui prend toujours un « s ». Cet être que confère le fait d’être objet d’une jouissance, cet être là, n’a pas de sens. Bien sûr, il y a un sens à être l’objet d’une jouissance, mais c’est un sens non-sens. Il n’y a pas d’être qui soit sans cela. Elle a donc un choix à faire entre être, cet être là de non-sens et la perte de l’être par le sens. Si elle perd l’être, comme tous sujets, alors elle sera en proie au vide de l’être divisé mais ayant un sens elle peut alors en donner aux choses. Il faut donc que cette jouissance aliénante soit interdite par un tiers, le juge, lui, sorte de père, lui assurera de laisser l’être objet d’une jouissance. Nous attendons avec elle ce jugement, cette délivrance ? Assis face à la scène, nous nous tenons là face à un tribunal, sommes-nous spectateurs, jurés ou avocats ? Nous avons d’ores et déjà comblé l’abîme qui sépare les comédiens du public comme les morts des vivants, l’abîme qui porte les traces de son origine, pulsion de mort devenue insupportable. En la reconnaissance consentante, le juge à promulguer l’interdit d’une jouissance aliénante avec un  être-objet « limité » et non-sujet de son désir. Le juge, sorte de grand Autre, fait Nom Du Père en autorisant cette sexualité et interdit la jouissance de la fusion tout en donnant du sens à cette histoire, alors elle a perdu cet être de non-sens, devient un sujet vidé, divisé qui peut dire « non ».

La pièce dessine un trajet de la jouissance qui trace le bord d’un être en passe d’être sujet, en forme la limite et en dessine le contour. La demande d’amour est d’abord une question « d’adresse », d’un pouvoir « s’adresser » à l’autre et par là, d’inventer un tissage d’une possible existence à un Autre. Pour lui il s’agit alors de reconnaître une existence, un « tu » : Tu ne puisses jamais être une chose, ma chose, alors tu ne peux qu’être toujours manquante. Expérience qui l’éprouve et le confronte à sa « castration », c’est ce « je dis NON » qui capitonne la pièce, par le trou qu’il forme dans le désir de l’autre, elle l’entame à son tour de son « NON ».

 

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Cette entrée a été publiée le juillet 22, 2016 par , et est taguée , , , , , , .
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