theatreetpsychanalyseacorpsperdus

Le corps du théâtre et de la psychanalyse

PRÉSENTATION

A Corps Perdus est un espace de parole portant sur les différents niveaux d’accès à l’inconscient que peut proposer la psychanalyse d’une part, mais également, dans une dimension autre, le théâtre.

A partir d’une sélection de pièces de théâtre, nous vous proposons une lecture à travers des textes que nous présentons sur le site de l’association. Par ailleurs, nous organisons des débats en présence des comédiens, metteur en scène et invités : écrivains, philosophes, psychanalystes etc. qui interviennent à la suite de représentations. Nous vous invitons alors à échanger ensemble à partir du spectacle proposé.

L’objectif du débat sera de laisser la parole au public, en l’occurrence ce qui aura fait échos pour lui et comment cela résonne et ricoche pour les comédiens et le metteur en scène dont l’éclairage nous permettra de continuer la réflexion dans « l’après-coup ».

a corps perdus theatre et psychanalyse

Avec Freud, puis Lacan, le théâtre  – notamment la tragédie classique – est un des points pivots de l’élaboration de la théorie psychanalytique, laquelle – il est de bon ton de le rappeler peut-être encore plus aujourd’hui qu’hier – est entièrement tissée de l’expérience des éprouvés tels qu’ils peuvent être rapportés de manière singulière dans le cadre de la cure. La psychanalyse et le théâtre, dans leur élaboration de ce qui apparaît au cœur de la vie psychique, ont bien des choses à se dire. A nous dire. En effet, la vie psychique n’étant pas autre chose que l’expression du conflit inconscient qui se manifeste dans chacune de nos relations, la psychanalyse ne pouvait que prendre acte de la question théâtrale.
Dans le Séminaire VII, L’Etique de la psychanalyse en 1959/1960, Lacan met en relief un point d’achoppement entre la cure analytique et le théâtre. La tragédie, nous dit-il, serait à considérer comme la présentification, la mise en scène d’un bouleversement, d’une modification radicale. Cette radicalité qui fait trace devient par là même un repère historique dans la constitution du sujet.
En d’autres termes, la tragédie mettrait en lumière des éléments de structure psychique, éléments d’une certaine économie pulsionnelle. Ces éléments ne seraient accessibles que dans le cadre de la cure. De la tragédie au trauma constitutif, de la scène au divan, les signifiants de l’intime prennent corps pour nous mener à une créativité qui nous extrait de l’insoutenable.
L’année suivante, en 1960, dans Le Transfert, Lacan met en exergue la question du désir et du drame qu’il suscite ou dont il est issu. Peut on approcher l’un sans tenir compte de l’autre ? Les éléments d’une dramaturgie nous permettent d’interroger cette pierre angulaire non seulement de la psychanalyse et du théâtre mais surtout, mais aussi et avant tout, du vivant en mouvement, en relation. Du sujet. Le désir est interrogé sans cesse. De Sophocle à Claudel en passant par Shakespeare, le désir est disséqué dans le corps à corps du jeu mis en scène. A propos d’Hamlet, par exemple, Jones épingle pour nous l’impossible refoulement du désir parricide. « Hamlet refuse la réalité de refouler ses désirs meurtriers, il ne peut punir l’homme qui, lui, a osé les accomplir. »1

Retournons à Freud un instant et rappelons que, inspiré des théories scientifiques de son temps, il s’appuie sur la théorie du psychophysicien Gustav Theodor Fechner pour élaborer sa métaphore du rêve et de l’inconscient. « Si la scène de l’activité psychophysique devait être la même pendant le sommeil et pendant la veille, alors le rêve ne pourrait être, à mon avis, que la continuation de la vie de la représentation vigile. » 2 Ce qui nous intéresse ici c’est la notion d’un entre-deux. Un entre-deux qui serait une place, un lieu, une scène, une « platz » d’une part et d’autre part le regard, le fait de contempler, comme dans le rêve, « schauen ». Comme le rêveur, le spectateur semble être capté par une scène qui serait le reflet d’une scène antérieure. C’est une mémoire qui semble défiler, s’ouvrir devant nous. Une mémoire voilée sans quoi elle serait aveuglante. Le spectateur captivé par cette mémoire qui remet en scène l’inexorable scénario se retrouve projeté dans l’éternel présent du retour, constant et toujours impérieux, du refoulé. Retour de ce qui s’est joué dans le corps avec l’Autre inscrivant ainsi la trame du fantasme, la trame de notre espace scénique personnel. La scène théâtrale actualise donc, pour chacun, de manière singulière, atypique, ce qui reste du refoulement originaire. Ce reste est un reste en tant qu’objet perdu, par définition, à jamais. C’est ce « à jamais » qui situe l’objet d’emblée comme objet cause du désir, objet projeté, reconnu, par nous, sans le savoir pour autant, sur la scène du théâtre, dans la voie des comédiens, dans le drapé des costumes, dans la démarches de l’acteur, dans le projecteur, dans le phrasé qui porte le souffle de l’auteur, le souffle du metteur en scène. Dans l’accessoire enfin. C’est ici que le théâtre s’adresse à nous tous, chacun à un endroit singulier de notre corps, de notre histoire, de notre relation aux autres, de notre manière d’être au monde, dans le choix de notre sexualité, dans le fait de trouver la place structurale qu’on occupe dans ce monde symbolique régit par la différence des sexes.
Cet objet que J. Lacan appelle « objet petit a » s’accroche sur un Autre, idéalisé, qui en devient le support, le temps d’une heure parfois, mais qui reste empreint pour toujours de cet Autre.

Nous, psychanalystes, disons que le théâtre joue, avec l’inconscient, une mise en acte, en scène, en corps, de l’identification où le « Je-jeu » (Je du sujet barré inscrit dans le jeu des différentes scènes (psychique, théâtrale, entre-deux) s’écrit dans le semblant. Notre association, Théâtre et psychanalyse, À corps perdus, a pour objet de saisir quelque chose de ce jeu et de ce qui, quelque part, pour nous spectateurs, accentue cette perte au lieu même où elle la remplit, à savoir dans le corps en tant qu’il n’est que la manifestation de notre rapport à l’Autre.

Margot Ferrafiat-Sebban, Psychanalyste, Présidente de l’Association, 01 43 36 34 30
Marianne Carabin, Psychanalyste, 06 50 80 97 78

1. E. Jones, Hamlet et Oedipe, 1945, édition Gallimard, P. 188
2. Fechner Gustav Theodor cité par Freud, S., 1899-1900, Interprétation des rêves, Œuvres complètes, Paris, T. V, PUF, 2004, pp 78-79

Publicités

4 commentaires sur “PRÉSENTATION

  1. Delphine Kuehn
    avril 17, 2015

    Bonjour, votre site très interessant, nous a interpellé. Nous avons monté « Oedipe, tragedia dell’arte » et maintenant « Dracula, tragedia dell’arte » que nous aimerions vous faire découvrir. Ou peut on vous envoyer une invitation ? merci à vous
    Delphine Kuehn de la Compagnie de Vive voix 06 26 79 87 44

    J'aime

  2. lory
    février 26, 2016

    Bonjour,

    Je présente bientôt une pièce que j’ai écrite, intitulée Schizophonies, Partition impossible – dont les thématiques résonnent fortement avec la démarche de votre association. Si cela vous intéresse, nous souhaiterions proposer un tarif préférentiel aux membres de votre association – s’il est possible de vous rencontrer pour vous parler de ce projet, je suis à votre disposition.
    Morgane, cie le don des nues.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :